La privatisation

Les collèges publics devraient être financés par des fonds publics

Les collèges publics de l’Ontario jouent un rôle essentiel pour stimuler la croissance économique et former les étudiants aux emplois de demain. Malheureusement, après des années de sous-financement gouvernemental, les collèges publics de l’Ontario reçoivent désormais le financement par étudiant le plus faible de toutes les provinces.

C’est la raison pour laquelle les collèges sont contraints de s’engager dans des projets douteux avec des collèges privés, des sociétés et d’ouvrir des campus à l’étranger. Dans certains cas, les collèges publics vendent, ou concèdent les licences, des cours, des vidéos de cours, des matériels de cours et même des programmes au complet. Dans d’autres cas, ils privatisent des services de première ligne essentiels, tels que le counselling, qui mettent en péril la qualité du soutien dont les étudiants ont besoin.

Alors que les collèges de l’Ontario célèbrent 50 ans, nous avons un choix à faire. Allons-nous allouer suffisamment de fonds à nos collèges publics pour qu’ils puissent faire leur travail et procurer l’éducation dont les étudiants de l’Ontario ont besoin? Ou allons-nous obliger nos collèges à continuer avec leur approche de la privatisation qui ne répond pas aux besoins des étudiants et du personnel scolaire? La bonne réponse est évidente, mais ce qui est moins clair, c’est pourquoi le gouvernement et les présidents de collège ne veulent pas le reconnaître.

Qui paie le prix pour les profits prives? LES ÉTUDIANTS DANS LES COLLÈGES PUBLICS • Baisse de l’innovation chez les étudiants, un enseignement d’avantgarde en berne à cause de la paralysie de l’innovation puisque le collège vend le travail créé par le personnel scolaire pour faire des profi ts. • Mise en péril de la santé mentale des étudiants quand les services de première ligne privés, tels que le counselling, procurent des services de qualité inférieure, ou quand les services sont complètement éliminés. LE PERSONNEL SCOLAIRE • Des membres du personnel scolaire perdent leur emploi lorsque les travaux qu’ils ont créés sont vendus à un collège privé et lorsque le collège public supprime le programme original. • Le personnel scolaire ne reçoit aucune compensation pour le temps qu’il a investi dans la recherche et la création de matériels de cours et de conférences lorsque les collèges les vendent ou concèdent les licences. LES ÉTUDIANTS DES COLLÈGES PRIVÉS • En dépit du fait qu’ils payent des droits de scolarité élevés, les étudiants des collèges privés d’enseignement professionnel reçoivent une éducation de qualité inférieure et n’ont pas accès aux mêmes services et possibilités supplémentaires que les étudiants des collèges publics. LES COLLÈGES PUBLICS • Les augmentations à court terme des recettes gagnées avec la concession des licences de programmes et de cours fi nissent par coûter plus cher à long terme aux collèges et étudiants à cause des nouveaux concurrents qu’ils ont contribué à créer. • La réputation des collèges peut être mise en mal lorsque leur image de marque est associée à des programmes de qualité inférieure ou à des projets discutables.

Extrait de l’article : « Strip Mall Campuses »

RM Kennedy, président de la Division du personnel scolaire des collèges (SEFPO)

…Les collèges publics persistent à dire qu’ils ont le droit [de concéder des licences sur les matériels créés par le personnel scolaire] parce qu’ils estiment détenir les droits de propriété intellectuelle (PI) du personnel scolaire. Le personnel scolaire des collèges publics de l’Ontario doit contester vigoureusement cette affi rmation et continuer à lutter pour obtenir les droits de propriété intellectuelle sur ses propres créations. La base juridique des droits de propriété intellectuelle du personnel scolaire découle de l’« exception académique » en vertu de la Loi sur le droit d’auteur, qui permet aux membres du personnel enseignant de l’enseignement supérieur – et non pas à leurs employeurs – de jouir des fruits de leur recherche et créativité. C’est ce qui permet d’édifi er les fondations d’une société libre et innovante.

Sans cette protection, chaque fois que nous ajoutons une vidéo, une conférence ou un article dans cette base de données centralisée que la plupart des collèges sont en train de développer, nous bradons littéralement nos propres emplois.

En définitive, les collèges privés à but lucratif qui dispensent des programmes d’études fi nancés par les deniers publics rendent un très mauvais service non seulement au personnel scolaire, mais également aux étudiants qui croient vraiment recevoir la même éducation qui est offerte par le collège Canadore, Cambrian ou Lambton. En dépit des apparences, ils ne connaissent pas les avantages d’une véritable éducation publique.

Instaurer la sous-traitance pour faire des gains à court terme n’est pas une solution aux problèmes économiques des collèges. La solution consiste à augmenter le fi nancement public et à s’assurer que toutes les ressources vont au bon endroit : une éducation et un apprentissage de qualité.

La sous-traitance n’est pas une solution au problème. Elle ne fera que l’aggraver.

Lisez l’article au complet de RM dans Unfettered, le bulletin de mars 2017 de la section locale 558 du SEFPO.

Étude de cas : Le personnel scolaire de Canadore creuse-t-il sa propre tombe?

Les membres du personnel scolaire ont raison d’être préoccupés par les conséquences de la vente et de la concession de licences des programmes et matériels de cours. Après tout, ce sont leurs emplois qui sont en jeu.

Prenons le cas du Programme de développement de l’application mobile du Collège Canadore. À l’échelle mondiale, le nombre d’applications mobiles continue de croître rapidement, et au début de 2017, il y avait plus de deux millions d’applications dans chacun des magasins Apple et Android. Pourtant, après avoir cédé la licence de son programme d’application mobile au Collège privé Stanford par le biais du partenariat Canadore @ Stanford, le Collège Canadore a supprimé le programme à son campus principal, puis a mis à pied les membres du personnel scolaire à temps plein qui avaient élaboré le matériel pour lui!

Les étudiants ne peuvent désormais suivre ce programme qu’au campus de Stanford, où ils risquent de recevoir une moins bonne qualité de l’enseignement, sans avoir accès aux services et possibilités supplémentaires qui sont off ertes dans les collèges publics. Pendant ce temps, les membres du personnel scolaire qui ont été mis à pied se retrouvent sur la touche pendant qu’un collège privé utilise leur programme et leurs cours pour faire du profit.

La sous-traitance de la santé mentale de nos étudiants

La santé mentale des étudiants de nos collèges publics est mise en danger par la décision de sous-traiter les services de counselling.

Bien que les collèges prennent cette décision dans le but de faire des économies, le peu d’argent qu’ils économisent peut nuire aux étudiants. En plus d’avoir un moins bon accès au soutien dont ils ont besoin pour réussir et de plus longues périodes d’attente lorsqu’ils ont besoin d’aide, les étudiants de ces collèges courent davantage de risques de se trouver en situation de crise sans que personne ne soit là pour les aider.

La Cité a, par exemple, soustraité ses services de counselling ces dernières années, avec le résultat qu’un sixième du nombre des conseillers doivent soutenir le même nombre d’étudiants : plus personne n’est assignée pour venir en aide aux étudiants en situation de crise. À Canadore, quatre conseillers employés par le collège ont été mis à pied et remplacés par deux conseillers privés et contractuels. Des membres du personnel de soutien, « les navigateurs », ont été appelés en renfort pour répondre aux besoins, ainsi qu’un nouveau chien de thérapie, qui a, depuis, pris sa retraite.

Fait encore plus inquiétant, dans de nombreux cas de privatisation de ces services, les critères utilisés par le fournisseur privé pour embaucher ses conseillers peuvent être beaucoup moins rigoureux. Cela signifi e que lorsque les étudiants peuvent enfi n rencontrer quelqu’un, ils se retrouvent en présence de conseillers qui sont complètement dépassés par la situation.

Est-il vraiment nécessaire d’économiser quelques dollars lorsque la santé mentale de nos étudiants est en jeu?

Il est temps de mettre un terme aux aventures bancales à l’étranger

Afin de compenser la baisse du financement gouvernemental, les collèges publics sont aussi contraints de s’engager dans des projets risqués. Pour trois collèges (Algonquin, Centennial et Niagara), l’aventure a consisté à une incursion dans le domaine de l’éducation à l’étranger, avec l’ouverture de plusieurs campus en Arabie saoudite.

Le hic? Le bilan de l’Arabie saoudite en matière de droits humains; le côté opaque de ses ententes qui ont été conclues pour lancer ces initiatives; l’absence de liberté académique pour le personnel scolaire : une combinaison dommageable pour la réputation de ces collèges. Inquiet à juste titre, le public a bien sûr questionné le fait que des collèges publics de l’Ontario puissent contribuer à soutenir un régime répressif. Cédant à la pression, Algonquin et Centennial ont cessé leurs activités, alors que Niagara continue d’exploiter ses campus, malgré la menace de censure toujours plus grandissante de la part de l’Association canadienne des professeures et professeurs d’université (ACPPU).

Ces projets étaient censés générer des revenus pour les collèges, mais la manne promise ne s’est jamais matérialisée. Au lieu de cela, au moment où Algonquin a fermé ses campus en 2016, le collège avait perdu plus de 6 millions de dollars. Cela confirme ce que les membres du personnel scolaire des collèges ont toujours dit : quand la réussite des élèves est en jeu, nos collèges publics ont besoin de financement public, pas d’investissements risqués.

Les diplômes McDo?

L’accord occulte conclu entre les collèges de l’Ontario et McDonald’s en 2016 illustre certains des risques qu’il y a à transférer des parties de notre éducation publique au secteur privé.

Cet accord cède le contrôle d’un nombre important de crédits de niveau collégial à une société privée – une société qui est notamment connue pour ses pratiques commerciales douteuses – de l’évasion fiscale à l’emploi d’une main-d’œuvre précaire et à bas salaire. Les employés qui ont suivi le programme interne de McDonald’s obtiennent un montant de crédits équivalant à la première année d’un programme collégial en gestion des affaires, sans que l’on sache réellement s’ils ont en fait reçu toute la formation requise pour réussir dans le monde des aff aires en général.

Le manque de transparence de cet accord et le degré de contrôle qui est cédé à une société privée établissent des normes inquiétantes pour les futurs partenariats. Cet accord soulève également une question plus vaste: quel sera l’impact à plus long terme sur le secteur des affaires de l’Ontario d’avoir sacrifié l’enseignement général qui était dispensé par les collèges publics pour un programme d’affaires spécifique offert par une seule société?