Published on Jul 18, 2017

La privatisation des collèges de l'Ontario

En raison du sous-financement gouvernemental chronique de l'éducation postsecondaire, l'Ontario procure désormais le financement par étudiant le plus faible de toutes les provinces canadiennes. En conséquence, les collèges publics de l'Ontario sont de plus en plus poussés à prendre des risques inconsidérés pour obtenir d’autres sources de revenus.

Cela comprend aussi bien la vague de sous-traitance des services publics que les projets à but lucratif risqués et occultes avec des collèges privés et des sociétés et même avec des gouvernements corrompus à l’étranger. Cependant, loin de contribuer à équilibrer les comptes, ces initiatives douteuses mettent en péril la réputation, l’éducation de qualité, mais également la santé financière de nos collèges.

Ce troisième volet de la série, « Les collèges publics de l'Ontario à 50 ans : Un meilleur plan » met en lumière quelques exemples de privatisation en cours dans nos collèges et les conséquences auxquelles nous devons faire face.

Dans ce numéro, nous examinons essentiellement les risques financiers et les conséquences sur la réputation que posent certaines décisions des collèges de faire des affaires avec des gouvernements corrompus à l'étranger; les problèmes importants engendrés par les collèges qui vendent des cours ou des programmes d’études au complet ou concèdent même les licences à des collèges d'enseignement privés; et les conséquences de la sous-traitance des services de première ligne sur les étudiants, y compris des services de soutien en santé mentale qui sont procurés par les conseillers. Dans le premier cas, la décision de faire des affaires avec des dictateurs, comme dans le cas des campus Algonquin et Niagara en Arabie saoudite, soulève une question : combien d'argent public est-il détourné dans ces projets risqués à l’étranger qui ne respectent même pas les normes fondamentales en matière de droits de la personne?  Comme l’a déclaré Jack Wilson, vice-président de la section locale 415 au Collège Algonquin : « Si les collèges se lancent dans des projets risqués à l’étranger, n’est-ce tout simplement pas parce que notre propre gouvernement provincial ne les finance pas adéquatement?

Un autre cas, qui se passe chez nous, nous montre que les accords de sous-traitance de l'enseignement de programmes à des collèges privés, qui offrent l’espoir à des petits collèges de l’Ontario de faire des gains financiers à court terme, causeront des dommages considérables à long terme à la réputation des collèges. Ces collèges privés, de deuxième classe, ne disposent pas du personnel scolaire expérimenté et à temps plein, de la population étudiante diversifiée, de la richesse des programmes, des installations de loisirs, des bibliothèques, des services aux étudiants et de l’immense potentiel qui sont la marque de l’environnement d'apprentissage dynamique que l’on trouve dans les collèges publics. C'est pourquoi les étudiants inscrits dans ces boutiques sont souvent tenus de signer une décharge indiquant qu'ils comprennent qu'ils n'auront pas accès aux mêmes installations et services que les étudiants du collège public.

Notre troisième vidéo se focalise sur cette question et jette un regard approfondi sur ceux qui payent le prix fort afin que les propriétaires des collèges privés puissent empocher les profits.

Enfin, bon nombre de collèges de l'Ontario sous-traitent de plus en plus de services de première ligne à des entreprises privées, tels que les services de nettoyage, les services d'alimentation, le soutien informatique, la sécurité et la gestion des librairies. À cause de ces entreprises à but lucratif qui rognent sur les ressources, nous avons tous constaté une dégradation générale dans nos campus : des salles de classe, des cafétérias et des toilettes insalubres; des agents de sécurité qui n’ont pas la formation requise pour faire face aux altercations et problèmes entre étudiants; les manuels commandés qui arrivent en retard pour les cours.

Les collèges ont, de surcroît, en ligne de mire une nouvelle cible en matière de sous-traitance : le counselling. Au cours des dernières années, des collèges, tels que Canadore, ont mis à pied des conseillers à temps plein et les ont remplacés par un plus petit nombre de conseillers privés et contractuels. D'autres collèges ont signé des contrats avec les méga-entreprises Morneau Shepell et guard.me International Insurance qui procurent du counselling en ligne et par courriel à leurs étudiants internationaux au lieu de proposer aux étudiants des rencontres en face à face avec des professionnels dans un environnement stable et sécurisant. La santé mentale de nos étudiants ne mérite-t-elle pas mieux que ça?

On peut faire autrement. Au lieu d'exiger des collèges qu’ils se lancent dans des projets risqués afin de combler leurs manques de fonds, on devrait s’assurer qu'ils ont suffisamment de fonds pour dispenser l'éducation dont les étudiants ont besoin. N'est-ce pas leur véritable mission?

Solidairement,

RM Kennedy
Président, Exécutif divisionnaire du personnel scolaire des CAAT